Disparités de revenus et inégalités sociales

 

Disparités de revenus et inégalités sociales en 2018

 

Quelques chiffres pour éclairer notre sujet.

La pauvreté s'accroît dans le monde du travail européen. Selon les derniers chiffres (mars 2018) de l'Office européen de la statistique, la part des travailleurs pauvres en zone euro est passée de 7,3% en 2006 à 9,5% en 2016. Du côté de l'Union européenne à 28, ce taux est passé de 8,3% en 2010 (première année disponible) à 9,6% en 2016. Les effets de la crise et les mesures d'austérité ont contribué à cette paupérisation du monde du travail. Source : latribune.fr du 9 mars 2018.

On cherchera plus bas à comprendre comment les mesures d'austérité sont la cause de la pauvreté dénoncées par Eurostat et leurs conséquences.

Sur la décennie 2006-2016, la proportion de personnes sans emploi en risque de pauvreté a augmenté continuellement passant de 41,5% en 2006 à 48,8% en 2016. Dans l'union monétaire, cette part est passée de 39,2% à 48,9%. Évidemment, ces moyennes masquent des contrastes au sein du continent.

Parmi les États membres, l'Allemagne est le pays qui connaît le plus fort taux de chômeurs en risque de pauvreté (70,8%), contre 38,4% pour la France.

Du côté de l'Allemagne, la situation des travailleurs pauvres est préoccupante. Les réformes "Hartz" mises en œuvre en 2003 et 2005, ont favorisé le développement des mini-jobs faiblement rémunérés. La montée en puissance de ces emplois, ces dernières années, a contribué à une précarisation des travailleurs et un accroissement des inégalités de revenus, comme le rappelle une étude de la direction générale du Trésor.

En ce qui nous concerne, nous pensons que c'est le prix que les salariés d'Outre-Rhin ont dû payer pour rendre compétitifs les produits allemands et permettre à ce pays de dégager de fort excédents commerciaux, notamment sur le dos de la France. On y reviendra.

Les Américains ne sont pas épargnés par le chômage et la misère, encore faut-il ajouter que les statistiques ne peuvent pas toujours rendre compte du nombre de chômeurs. Nombreux sont ceux qui errent d'Etat en Etat ; on les appelle les "nomadland". Ils trouvent des jobs à la petite semaine et sont surtout exploités par des employeurs aux allures "d'esclavagistes".

La question des inégalités fait la soupe de nos médias et le fonds de commerce de nos politiciens (les premiers servis !) qui en parlent comme d'une fatalité, incapables ou ne voulant pas ajouter comment parvenir à les réduire.

Notre intention est de démontrer par quels mécanismes, bien rodés, les inégalités se creusent encore et toujours plus.

Il est important de noter qu'en quelques décennies nous sommes entrés dans l'ère du "Faire du fric à tout prix". Les mentalités ont bien changé, car semble-t-il le respect de l'autre a quasiment disparu pour laisser place à "tout pour moi, rien pour le voisin" vieille rengaine du socialiste carmausin revenue à l'ordre du jour.

Il ne faut pas chercher bien loin la source des inégalités. Elles proviennent de ceux (les entreprises en l’occurrence) qui fixent les prix des produits vendus et la rémunération de ceux qui bossent pour eux, dans l’univers de la mondialisation que l’on nous a servie heureuse !

Les entreprises ont vite saisi tout l'intérêt qu'elles avaient à déplacer leurs unités de production vers des pays à faible coût salarial avec peu ou pas de charges sociales. Les délocalisations étaient nées et avec elles la montée en puissance du chômage.
Quand elles ne peuvent pas ou plus délocaliser, elles embauchent des "salariés détachés" en provenance des pays du groupe de Višegrad (Est européen) dont les cotisations sociales (plus faibles) restent versées au pays d'origine. La France a accueilli 286.000 salariés détachés déclarés en 2015. La fraude concernerait entre 220.000 et 300.000 travailleurs illégaux (cf. Le parisien : emploi-macron-en-europe-de-l-est-pour-encadrer-l-arrivee-des-travailleurs).
Résultat : L'Europe de l'Est connaît une pénurie de main d'œuvre et les salaires "flambent" ! Oui, mais tout est relatif.

Quoi qu'il en soit, le chômage est la première cause des inégalités, car les chômeurs n'ont pas ou peu de revenus.

Tout ceci nous amène à supposer que les inégalités de revenus sont à l'origine des inégalités sociales.

Commençons donc par les revenus.

1 - Les disparités de revenus

Par tradition, les statistiques opposent les revenus du travail à ceux du capital. Il est parfois difficile de séparer effectivement les deux, sachant que certains chefs d'entreprises - propriétaires de leur bien - les répartissent selon les avantages fiscaux qu'ils peuvent en retirer. A titre d'exemple, on peut citer Martin Bouygues qui a la rémunération la plus basse parmi les dirigeants du CAC 40. On suppose qu'il la doit à sa double position d'actionnaire et de dirigeant, préférant toucher des dividendes que des salaires nets (avantage fiscal).

De plus, cette opposition ne correspond pas à l'analyse que l'on veut entreprendre ici.

On distinguera trois catégories de revenus :

- les traitements et salaires qui sont fixés par un employeur privé,
- les traitements et salaires qui sont fixés par un employeur public (l'Etat),
- les revenus des ceux qui exercent une profession artisanale, commerciale ou industrielle, qui sont généralement des employeurs dans le privé ; leurs revenus dépendant des prix pratiqués.

Puis, on terminera ce chapitre par une publication de La Tribune en date du 14/05/2018, attribuant à Oxfam et Basic la dénonciation de profits sans partage des entreprises du CAC 40.

a) - les traitements et salaires qui sont fixés par un employeur privé

Il y a là évidemment les rémunérations de ceux qui sont aux postes de commande et les autres.

Dans le secteur privé, ce sont généralement des gens compétents qui sont aux commandes car la santé et la rentabilité de l'entreprise en dépendent. Encore que dans de très grosses boîtes les camarades de grandes écoles ou le gouvernement peuvent imposer des amis à des postes de cadres supérieurs qu'ils soient ou non compétents, ce qui est sans importance s'ils ne font rien (cas courant).

Les rémunérations des autres sont fixées par l'offre et la demande sur le marché de l'emploi, si bien qu'en période de chômage, plus celui-ci s'élève plus les salaires ont tendance à baisser. C'est la loi du marché.

L'Insee nous donne des informations très intéressantes sur les effets macroéconomiques de cette politique de l'emploi et du chômage (cf. EMP T1 et suivants) en France métropolitaine, comme suit.

L'ensemble des emplois selon le statut professionnel a baissé de 34.898 entre 2010 et 2015, à 25.735.751 (-0,13%), ce qui est tout de même inquiétant. Dans le même temps le nombre de salariés a baissé de 211.048 tandis que celui des non-salariés a augmenté 176.150. Au cours de la même période, le nombre de chômeurs est passé de 3.397.319 à 4.099.642, soit une augmentation de 702.323 unités (20,7%). Et facteur aggravant pour le secteur privé, le nombre d'emplois salariés dans le secteur public a augmenté de 257.637 unités à 8.196.519, ce qui signifie qu'en réalité le nombre de salariés du secteur privé a baissé de 468.685.

Ainsi, peut-on avancer que face au chômage et à des emplois mal rémunérés, les actifs choisissent plus souvent de travailler à leur compte, d'où le succès des start-up, mais pas seulement.

b) - les traitements et salaires qui sont fixés par un employeur public (l'Etat)

Le gaspillage de l'argent public n'est pas nouveau, mais l'accumulation de privilèges accordés à des copains ainsi que les sommes astronomiques versées au titre des aides à des pays émergents commencent à dépasser les bornes financières de notre pays.

Quelques citations.

Le 23 avril 2013, le magazine Challenges souligne que :

les différentes inspections (des finances, des affaires sociales, de l'éducation nationale, de l'administration...), la Cour des Comptes et les Conseil d'Etat servent surtout à recaser les proches des personnalités politiques.
De plus, grâce au système appelé "tour extérieur", les présidents de la République et les Premiers ministres français peuvent nommer à vie qui ils souhaitent dans ces institutions, sans que ces personnes aient besoin de passer le moindre concours.

Le 13 novembre 2015, Planet interview Yvan Stefanovitch à la sortie de son livre sur le gaspillage de l'argent public, qui répond notamment :

Mais mes découvertes sont effarantes : des centaines de gens sont, en gros, payés jusqu’à 5 000 euros par mois à ne rien faire et ce, avec l’argent de l’Etat. Ces fonctionnaires travaillent pour la plupart au Conseil économique social et environnemental mais aussi à la Cour des comptes, au Conseil général économique et financier et au Conseil d’Etat. Certaines de ces personnes sont même censées contrôler ce type de gaspillage et réfléchir à des moyens d’y mettre fin et pourtant, elles ne font rien !

Quelques effets secondaires.

Il existe près de 110 préfets (départements et territoires d'outre-mer). Un rapport dénonce le grand nombre de préfets (127) sans affectation territoriale (cf. Figaro économie 26/11/2015), dont une partie travaille dans une autre structure. On peut ajouter sans réduction de salaire ; ce serait plutôt le contraire.

Le préfet du chef-lieu de la région est à la fois le préfet du département où il se situe et le préfet de région. Il est nommé par décret du président de la République, pris en Conseil des ministres, sur proposition du Premier ministre. Il peut être muté d'office ou révoqué de manière discrétionnaire (Wikipedia).

En réalité, le préfet est nommé par le pouvoir. Il est aux ordres du gouvernement pour exercer sans faille sa politique régionale. Comme le pouvoir change tous les cinq ans, on peut en déduire que les préfets sont remplacés à la même cadence. Ce qui laisse supposer que le budget de l'Etat comprend un bon millier de préfets "actifs" et retraités.

Enfin, exemple d'aide à des pays émergents :

M. Macron a annoncé que la France tient son engagement pour consacrer 1,2 milliard d’euros à différents dispositifs d’aide prévus pour la Tunisie, précisant que 500 millions d’euros supplémentaires suivront entre 2020 et 2022. (Publié par Ftouh Souhail le 2 février 2018)

c) - Les revenus des ceux qui exercent une profession artisanale, commerciale ou industrielle, qui sont généralement des employeurs dans le privé

Il ne s'agit pas ici de patrons de grandes entreprises - qui sont visés au a) ci-dessus - mais plutôt de petites ou moyennes entreprises. Ceux-là fixent eux-mêmes leurs rémunérations dans le cadre de la libre concurrence ; c'est pourquoi il arrive parfois des faillites d'entreprises lorsque le ou les dirigeants s'accordent des salaires qui dépassent les ressources financières de leur affaire.
Ces entreprises pour la plupart fixent le prix de leurs produits. Dans le domaine des produits frais elles bénéficient d'un avantage collatéral important en alignant leurs prix sur ceux des grandes surfaces qui s'octroient des marges substantielles. Comme elles ont compris comment faire du fric, puisque c'est à la mode, elles participent à l'inflation des prix, mais aussi et surtout au creusement de l'écart entre les salariés dont les salaires ne sont pas indexés et les rémunérations (bénéfices) de ces entrepreneurs.

d) Oxfam et Basic dénoncent « des profits sans partage » de la part des entreprises du CAC 40

Selon l’ONG et le Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne, qui se fondent sur les résultats 2017 de ces sociétés, « les richesses n’ont jamais été aussi mal partagées au sein du CAC 40 entre ses différentes parties prenantes, PDG, actionnaires et les salariés ».
93 milliards d'euros de bénéfices, 1.300 milliards de chiffres d'affaires, les résultats des entreprises du CAC 40 en 2017 représentent la moitié du PIB français. Dans un rapport au vitriol, Oxfam et Basic, qui relèvent que leurs profits ont augmenté de 60 % depuis 2009, remarque que « ces gigantesques richesses créées ne sont pas équitablement partagées avec celles et ceux qui la créent : elles ont surtout bénéficié aux actionnaires et aux dirigeants de ces entreprises, plutôt qu'aux salariés ou aux contribuables ».
L'ONG et le Bureau d'analyse sociétale pour une information citoyenne leur reprochent même de nourrir « une spirale des inégalités » :
« Afin de maximiser leurs bénéfices et la rémunération de leurs actionnaires, les entreprises exercent une pression à la baisse sur les salaires au sein de leurs groupes et dans leurs chaînes d'approvisionnement et multiplient les techniques pour échapper à l'impôt, y compris en utilisant les paradis fiscaux pour des montages d'évasion fiscale. »

Ces pratiques laissent présager le début d'une ère économique dans laquelle le capital va s'employer à écraser le travail.

D'autant que l'Etat favorise les entreprises par les cadeaux fiscaux qu'il leur consent. Il en est ainsi par exemple de la :

- baisse du taux de l'impôt sur les sociétés à long terme, de 33,3% en 2017 à 25% en 2022,
- suppression de la surtaxe de 5% (33,3% à 38,3%) sur l'impôt des sociétés votée en novembre 2017,
- suppression de la contribution de 3% sur les revenus distribués (dividendes),
- réduction du taux du Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) de 7 à 6% avant sa suppression au 1er janvier 2019,
- suppression de la contribution sociale de solidarité des sociétés,
- changement de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) en impôt sur la fortune immobilière (IFI) par la suppression des actions dans les bases du calcul ; ainsi disparaissent du calcul le patrimoine mobilier (valeurs mobilières, Sicav, fonds communs de placement, plans d'épargne, contrats d'assurance vie, etc…)

Toutes mesures visant à faire passer le déficit sous la barre des 3% (Maastricht), non sans conséquences come il est dit plus bas.

2 - Les inégalités sociales

Ainsi que nous venons de le voir, la politique - ou plutôt l'absence de politique - des revenus produit directement des inégalités sociales : profonds écarts de rémunération et chômage. Il s'agit là de la partie émergée des inégalités.

Comme chacun sait, les gouvernements successifs dépensent sans compter et laissent les uns après les autres une ardoise de plus en plus lourde que les générations futures devront acquitter.

Aussi, la vraie question que se posent nos dirigeants est celle-ci : comment rester dans les clous de Maastricht (limite de 3% du déficit public) après avoir distribué des cadeaux somptueux aux entreprises, comme exposé au-dessus, et aussi comment poursuivre la gabegie des dépenses de l'Etat dues au copinage ?

Ils ont trouvé les réponses :

a) vendre les biens et valeurs mobilières faisant partie du patrimoine national sans se préoccuper d'observer les règles élémentaires de la concurrence du meilleur-offrant (les marchés publics sont très réglementés dans le sens inverse, celui du mieux-disant) avec comme conséquence que l'acheteur cherchant à rentabiliser son acquisition commence par réduire le personnel en place (les exemples ne manquent pas), et le prix étant fixé de gré à gré c'est la porte ouverte aux pots-de-vin.

b) réduire les crédits accordés aux services publics, entre autres : santé, éducation, forces de l'ordre, justice, etc. ce qui équivaut à mettre ces services dans une obligation de rentabilité inadmissible pour des fonctionnaires et assimilés qui se "crèvent" à la tâche pour assurer un service défaillant par manque de moyens.

c) négliger l'entretien des bâtiments publics qui sont trop souvent dans un état de délabrement avancé.

La réduction des crédits suffit à peser sur les deux derniers points. Ce n'est qu'un début, car la loi de programmation militaire (2019-2025) prévoit une large augmentation des dépenses militaires qui "correspondra mécaniquement à une réduction massive des dépenses sociales et du niveau de vie de la population" (cf. les crises.fr du 9 févr. 2018).

En conclusion, les disparités de revenus - aggravées par la montée du chômage - accentuent le creusement de l'écart entre les nantis et les autres, produisant un effet de masse à la baisse du pouvoir d'achat de l'ensemble de la population. Qui dit baisse massive du pouvoir d'achat, dit aussi ralentissement de l'activité de production et baisse relative du taux d'inflation (voir plus bas).
Sans doute pressentant le danger d'une nouvelle crise économique (récession), non monétaire celle-là, les agents économiques qui le peuvent, fixent le prix des salaires au plus bas et celui des produits marchands au plus haut pour se servir les premiers. Ils contribuent ainsi eux-mêmes au ralentissement de l'activité nationale.

3 - Les mesures d'austérité

Nous venons de voir que "Les effets de la crise et les mesures d'austérité ont contribué à cette paupérisation du monde du travail", selon l'Office européen de la statistique qui ne dit pas comment s'en sortir.

Commençons par la définition de l'austérité.

L'austérité désigne une politique gouvernementale consistant à prendre des mesures visant à ralentir la demande de biens ou de services afin de limiter les risques inflationnistes ou de diminuer les déficits et la dette globale de l'Etat (cf. Droit-Finances).

D'emblée, nous écarterons les risques d'inflation puisque celle-ci a pratiquement disparu des écrans économiques de notre pays. A tel point d'ailleurs que l'on prie pour qu'elle revienne !

Les initiés ne peuvent pas ignorer que le ralentissement de l'activité nationale (PIB) s'accompagne généralement d'une diminution de l'inflation, pour la bonne et simple raison que ce ralentissement est dû à une réduction des échanges dans la sphère réelle. Moins d'échanges, moins de monnaie, moins d'inflation, et inversement. C'est ce que montre le graphique ci-après :

Courbe PIB et Inflation

Alors, comment peut-on être certains qu'il faut ralentir la demande de biens ou de services si les trois facteurs (risques inflationnistes, diminution des déficits et dette globale de l'Etat) n'ont pas les mêmes causalités ? C'est pourtant ce que l'on constate actuellement : depuis la crise de 2007/2008, l'inflation est basse, tandis que la dette souveraine de notre pays s'accroît gaillardement et que les dérapages budgétaires deviennent plus difficiles à contrôler.

En ce qui concerne les déficits, il y a lieu de distinguer le déficit budgétaire, celui de l'Etat, et le déficit commercial des échanges extérieurs.

Selon le Projet de Loi de Finances (PLF) le déficit public cumulé de 2012 à 2017 s'élève à 457 milliards d'euros ; il ne comprend pas le déficit des collectivités locales. Sur la même période, selon l'OCDE, le déficit commercial de la France s'élève à 261 mds€ ; il ne comprend pas le solde de la balance des paiements.

La position extérieure de la France, qui reflète le patrimoine financier net de la Nation vis-à-vis de l’étranger, est débitrice à hauteur de 461 milliards d’euros à fin 2017, soit 20,1 % du PIB. Ce niveau reste significativement inférieur au seuil d’alerte fixé par la procédure européenne de déséquilibres macroéconomiques (35 %) (Source : Banque de France 10/04/2018).

Alors, qu'en conclure ? Que la théorie, comme d'habitude n'a rien à voir avec la pratique. Elle en est même nocive quand elle guide la politique de nos dirigeants qui ne cherchent surtout pas à comprendre pourquoi.

Quant à la demande de biens et de services (PIB), faut-il rappeler qu'elle n'a pas eu besoin d'un ralentisseur pour ralentir. Etant donné que le PIB donne par égalité le Revenu National (RN), la baisse du RN (toujours depuis la crise) a entraîné une baisse du pouvoir d'achat de la population prise dans son ensemble, mais pas pour tout le monde. Les écarts de revenus entre la classe des nantis et les autres (y compris les chômeurs) se sont accentués par effet de contraction dont sont sortis vainqueurs les plus forts : les nantis naturellement.

Ce phénomène est plus accentué en Allemagne.

Selon OCDE, le revenu moyen disponible ajusté net des ménages par habitant est 33 652 USD par an, soit supérieur à la moyenne de 30 563 USD  dans les pays de l’OCDE. Mais un écart considérable sépare les plus aisés des plus modestes – les 20 % les mieux lotis touchent environ quatre fois le montant perçu par les 20 % les moins bien lotis.

Comme chacun sait les Allemands ne font pas les choses à moitié, ils les font bien et consciencieusement.

En conclusion, les mesures d'austérité telles qu'elles sont définies par la théorie et telles qu'elles sont appliquées ne correspondent pas à la réalité. Les mesures d'austérité devraient s'appliquer aux excès de rémunérations et à la gabegie des dépenses publiques qui se font au détriment des masses laborieuses. Il s'ensuit une baisse du pouvoir d'achat du plus grand nombre avec pour conséquence un ralentissement de l'activité de production et un accroissement de l'endettement public. Les faits sont là pour en témoigner.

4 - Réflexions

Il existe peu de problèmes qui ne trouvent de solutions, encore faut-il avoir la volonté de les résoudre ce qui n'est pas le cas de nos gouvernants actuels qui préfèrent entretenir la confusion.

Avant d'engager une lutte efficace contre le chômage et les disparités de revenus, il faudrait recréer les conditions d'une croissance durable, ce qui nous paraît possible.

A notre avis, l’absence inquiétante de croissance actuelle tient principalement à deux facteurs concomitant

a) le premier trouve son origine dans l’économie d’endettement : il faut que toujours plus de monnaie irrigue la sphère de l’activité de production pour compenser les remboursements de la dette (privée et publique).

b) le second trouve son origine dans l’épargne bancaire qui ne circule pas car les banques ne prêtent pas l’argent de leurs clients (cf. Bulletin de la Banque d’Angleterre du 1er trimestre 2014, page 15), ce qui représente un frein puissant à l'activité de production.

Dès lors, on est condamné à faire de la cavalerie monétaire. Contraint et forcé, c’est ce que fait l’Etat puisqu'il n'existe aucun système de régulation monétaire.

D'une étude faite par ailleurs, nous avons dit que les besoins financiers d'un pays peuvent être divisés grosso modo en 3 groupes :

                1 - les dépenses publiques de fonctionnement, y compris les amortissements,
                2 - les dépenses d'investissement,
                3 - les besoins monétaire de la régulation économique nationale.

Les premiers devraient être couverts par les impôts et taxes ; quant aux deux autres, ils devraient être couverts par de la monnaie dite permanente, c'est-à-dire par de la monnaie émise par la Banque centrale et mise à la disposition du gouvernement sans intérêt ni échéance de remboursement sur décision du Parlement.

Ainsi, la création de monnaie permanente à destination exclusive de l'Etat, rendue possible en Europe par la dénonciation des accords de Maastricht, mettrait fin à l'intervention des marchés financiers et des agences de notation sur une dette souveraine qui ne courrait plus aucun risque de défaut de paiement. Et pour cause, il n'y aurait plus de dette souveraine sur les marchés !

Selon les publications (TEE) de l'Insee pour l'année 2016, la consommation de capital fixe (amortissements) de l'Etat s'élève à 75,0 mds€ pour un total de formation brute de  capital fixe (investissement) de 76,1 mds€, ce qui signifie que ses dépenses d'investissement couvrent seulement le renouvellement de ses biens. Cette situation s'aggrave d'année en année en raison de dispositions inadaptées fixées par le Traité de Maastricht.

En effet, le calcul du déficit qui ne doit pas dépasser les 3% du PIB, selon ce traité, repose sur la trésorerie (différence des recettes et des dépenses) de l'Etat. Il ne faut donc pas s'étonner de voir que la gabegie des dépenses publiques laisse de moins en moins de place aux dépenses d'investissement.

La critique est aisée, mais l'art est difficile, nous enseigne le dicton. Aussi, notre but est-il de proposer des solutions.

5 - Solutions

a) afin de lutter contre le ralentissement de l'activité nationale, il est essentiel de procéder à la régulation monétaire de la sphère réelle. Le seul moyen de régulation réside à notre avis dans l'intervention de l'Etat qui devrait s'engager dans de forts investissements publics (45 mds€/an de plus), financés par la suppression de la dette publique sur les marchés,
puis de relever le SMIC de 20%, soit de le passer de 1.500€ à 1.800€ brut par mois ; sachant qu'il y a 3 millions de smicards en France, l'augmentation serait d'environ 10,8 mds€/an et pourrait être épongée par les bénéfices des entreprises ; rappelons que les entreprises du CAC 40 ont dégagé 93 mds€ de bénéfices en 2017 ; cette mesure en donnant du pouvoir d'achat aux masses laborieuses aurait pour effet de relancer la consommation des ménages et donc de créer de la croissance,

NB. Le revenu universel que certains appellent de leurs vœux nous semble être une mesure démagogique créant plus de problèmes qu'elle n'en résoudrait.

b) pour lutter contre le chômage de masse, il faut disposer d'une arme de construction massive de l'emploi ; dans ce but, il nous semble utile de :

- réviser la politique de la famille pour redonner à la femme, ou à l’homme selon le choix, la place qui lui revient dans l’éducation des enfants (qui sont laissés à l'abandon depuis que la femme travaille à temps plein), et rétribuer par un salaire minimum celle ou celui qui s’en chargerait ;
par ce moyen, il serait possible nous semble-t-il d’inverser la courbe catastrophique du chômage ;

de plus, une allocation nouvelle serait attribuée à celles ou ceux qui s'y consacreraient afin de leur offrir une formation continue dans leur profession ou vers une autre activité, ceci dans le but de préserver leurs compétences et de leur donner les moyens de se replacer dans la vie active lorsque leurs enfants auront achevé leurs études, 
autrefois, un salaire suffisait pour subvenir aux besoins de la famille ; aujourd’hui, deux salaires suffisent tout juste dans la plupart des ménages et l’éducation des enfants n’a jamais été aussi pénible et source de dépenses supplémentaires (crèches, garderies, etc.),
le financement de ses dispositions serait assuré par une refonte complète de l'assurance chômage (à l'occasion de la réduction massive de celui-ci) et par une réforme de la formation professionnelle.

- obliger les entreprises (selon des modalités à fixer) à prendre en charge les stagiaires qui sont dans l'obligation de trouver un stage à la sortie des écoles,

c) les dispositions prises au a) ci-dessus devraient relancer la machine économique et réduire quelque peu les écarts de revenus entre les très bas salaires et les plus hauts, si l'on veut réduire les nombreuses inégalités qui subsisteront, il appartient à l'Etat de s'en charger ; cela n'est plus qu'une question de volonté et de politique générale.

Le 28 juillet 2018


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